L'état de Zanshin chez le Guerrier

Dernière mise à jour : 5 nov. 2021

L'état Zanshin et le mental du Guerrier

Le zanshin est un état de vigilance et d'alerte, que nous devons maintenir avant, pendant et après une confrontation, de manière qu'on soit prêt à engager le combat si notre adversaire se relève ou qu'un autre engage le combat.

Il est faux de penser que le zanshin se fait juste après avoir ''éliminé'' son adversaire. Nous verrons, plus loin, l'origine de cette erreur. Zanshin est un état de vigilance prolongé avant que la confrontation débute et jusqu'au moment où tout est terminé. Lorsque nous interrompons cette prolongation, le guerrier devient vulnérable à toute action imprévisible.

Mon expérience comme "bouncer" dans une discothèque

Là où j'ai vraiment appris la valeur du zanshin sont les 5 années pendant lequel j'ai travaillé comme portier dans une discothèque. Lorsque je devais intervenir dans une situation de conflit (ou de bagarre) dans le club ou au moment que je devais sortir un client de la discothèque, je devais être très vigilant de mon environnement, car de potentiels amis du client pouvaient être présent et chercher à entraver mon travail. A partir du moment où on venait m'avertir d'un problème, je déclenchais mon état zanshin jusqu'à tant que la situation soit complètement terminée.




Zanshin est un état ou notre attention est à 360 degrés

L'état de zanshin est un concept important que j'enseigne dans mes cours de karaté, d'autodéfense physique et d'autodéfense psychoverbale.

Lorsque nous sommes en zanshin tous nos sens sont en éveil, nous voyons, nous entendons, nous ressentons et sentons tous ce qui se passe autour de nous. Nous sommes conscients de notre environnement et de tous les obstacles qui peuvent nous entourés. Nous restons concentrés sur notre objectif d'éliminer toute menace qui voudrait nous faire du mal, à nous ou nos proches.

Les dernières générations, dus aux technologies liées aux écrans, ont perdus cette capacité de rester concentrés pendant de longues périodes. Certains auteurs avancent même que notre degré d'attention est égal à celui d'un poisson rouge. Mais cela sera un sujet d'un autre article.

Allons au cinéma pour voir des super-héros !



Beaucoup de gens pensent que le zanshin se fait uniquement après avoir frappé l'adversaire. Comme s'ils projetaient leur intention comme une boule d'énergie remplie de chi sur leur adversaire pour l'achever.


Sérieusement, je crois qu'une des raisons de cette confusion est que certains instructeurs de karaté sportif (qui n'ont jamais été dans des situations dangereuses sur une base régulière) enseignent ce concept dans les sports de compétition, en particulier ceux basés sur le système de points semi-contact. On enseigne aux compétiteurs que lorsqu'ils frappent un adversaire, ils doivent crier (kiai) puis s'arrêter et démontrer que leur coup aurait pu être fatal. Mais certains simulent un haut degré de concentration en faisant des expressions faciales exagérées, en criant comme un débile et en brandissant le bras vers leur adversaire pour montrer aux juges et aux arbitres qu'ils ont marqué un point.


C’est pourquoi il arrive que des situations ridicules se produisent dans les compétitions. Par exemple, dans les compétitions sportives à points, lorsque quelqu’un marque un point

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et commence à faire son numéro théâtral digne d’un film de Bruce Lee, l’autre combattant se précipite souvent pour frapper l’autre en imitant un schizophrène en pleine crise d’épilepsie, en espérant que les juges n’auront pas vu la frappe de l’autre.






Le plus drôle est que ces combattants ne sont pas conscients que la contraction musculaire arrête le flux d'énergie et rompt donc le véritable état de zanshin. Pour être en zanshin, la première condition est que le corps soit détendu et l'esprit alerte. Pour être prêt à exploser rapidement. C'est pourquoi zanshin et mushin riment plus avec "poker face" qu'avec un corps tendu, contracté et un regard méchant comme l'Incroyable Hulk.


Dans les compétitions de Karaté Kyokushin Knockdown, il arrive parfois qu’un combattant applique par hasard une technique qui déséquilibre son adversaire et lorsqu’il se rend compte que l’autre personne est tombée, il simule un coup de poing et se met soudainement en position zanshin comme l’image ci-dessus. Le but de cette manœuvre est de démontrer aux juges que sa technique est bien intentionnelle. Cependant, cela berne rarement les juges.


Comment se pratiquer à atteindre l'état zanshin

La respiration contrôlée augmente notre concentration

Dans une situation stressante, notre respiration est portée à devenir saccadé ou bloqué. Ce qui occasionne une perte de contrôle, un état de panique et amène à faire de mauvais jugements. C'est pourquoi les exercices de respiration sont nécessaire pour maintenir un bon état zanshin. Nous devons allonger notre inspiration et notre expiration. Cela aura comme effet de diminuer notre rythme cardiaque. Tel que le modèle du guerrier l'enseigne au chapitre de la respiration.

La vision et l'audition périphérique

Lorsque nous sommes dans une situation de vie ou de mort et que nos battements cardiaques dépassent les 150 battements à la minute, nous entrons dans une vision tunnel ce qui nous empêche de percevoir le danger autour de nous et derrière nous. Dans l'état zanshin, en diminuant le rythme de la respiration, il nous sera plus facile de scanner visuellement et auditivement ce qui se passe à 180 degrés. Et si nous savons comment nous déplacer avec nos jambes, tout en déplaçant la tête, nous pouvons faire en sorte que nous couvrons l'autre 180 degrés qui manque. C'est ce que les soldats apprennent à faire dans une situation de combat ou l'ennemie peut être n'importe où.

Selon une étude de la compagnie d’assurance Progressive en 2004, 52 % des accidents de la route surviennent à moins de 5 miles (8 kilomètres) de la maison*. Elles surviennent près de la maison parce que généralement les gens « baissent leurs gardes » après être sortis des rues ou autoroutes achalandées.

Se pratiquer à tous les jours à déclencher l'état zanshin

Commencez par reconnaître les situations qui nécessitent d'être dans un état de vigilance et de conscience éveillée. Par exemple, conduire une automobile, une motocyclette ou une bicyclette, traverser une rue achalandée, faire un combat plein contact, traverser un parc à trois heures du matin, opérer une scie mécanique ou tout autre instrument nécessitant une haute vigilance. Ensuite, calibrez, observez, écoutez et ressentez cet état d'alerte dans lequel vous devez être pour éviter tout incident ou accident.

Habituez-vous à pratiquer cet état de zanshin lorsque vous marchez dans la rue et à tout moment où votre état d'alerte est essentiel à votre survie.

Déclenchez l'état zanshin grâce aux ancrages

Lorsque je coachais mes élèves dans les combats, je leur enseignais d'utiliser un ancrage verbal en se disant intérieurement le mot zanshin ! et en serrant les deux poings au moment même où il entrait sur le tatami (tapis) de l'aire de combat. Nous expliquons ce concept de manière très détaillée dans une section du livre L'appel du guerrier (Le modèle du Guerrier. À chaque fois que leurs adversaires tombaient au sol, il devait prendre une position similaire à la photo plus haut en regardant fixement leurs adversaires pour détecter s'il avait la capacité de continuer (et pour indiquer aussi aux juges qu'ils avaient marqué un point). Mais, il devait rester en poker face et non imiter un gorille en train de se taper la poitrine et sautiller sur place comme s'il venait de trouver une banane.

Soyez zanshin au dojo pendant les combats avec contact

Pratiquez ce principe à votre dojo quand vous travaillez avec un partenaire. Lorsque vous pratiquez des exercices de combats ou d'autodéfense, gardez votre esprit complètement éveillé et concentré lorsque vous donnez le coup de grâce.

Quand vous faites un combat et que vous réussissez à balayer ou projeter votre adversaire au sol, frappez-le (en contrôlant votre coup) et ensuite faites un petit pas derrière pour être hors de sa portée tout en gardant vos yeux rivés sur lui. Même lorsque le combat ou l'exercice est terminé, gardez toujours votre concentration, jusqu'à tant que votre instructeur ou l'arbitre vous dise de vous détendre.

EXERCICE. Voici un exemple où vous pouvez pratiquer l'état de zanshin simplement en traversant la rue. Avant de traverser une rue achalandée, criez mentalement zanshin puis traversez la rue en étant vigilant à regarder tout ce qui bouge au loin et près de vous (utilisez la vision périphérique), en écoutant les sons à 360 degrés tout autour de vous (audition périphérique) et en ressentant tous les signaux de votre hara (le ventre, siège du harageï ou sensation kinesthésique viscérale, ce que j'appelle aussi le centre somatique).



En faisant cela, vous appliquez le modèle S. C.O.R.E. C.T.(tm) de l'ADPV (Manuel d'autodéfense psychoverbale Tome IV). C'est-à-dire qu'avant de traverser la rue, vous Stoppez et vous vous placez en état de vigilance zanshin. Vous Calibrez votre environnement en Observant si le signal lumineux est vert (le stimulus), si la voie est libre et s'il n'y a pas de véhicule qui pourrait vous heurter.

Vous Ressentez le signal kinesthésique qu'il n'y a pas de danger immédiat, vous Écoutez les automobiles qui freinent et le signal électronique de la lumière qui vous indique que vous pouvez traverser. Vous enclenchez votre Comportement qui est de traverser la rue (la réponse) en Transmettant à votre système nerveux l'intention de traverser





la rue. Vous gardez votre niveau de vigilance jusqu'à ce que vous rejoigniez l'autre côté de la rue, puis vous abaissez votre niveau de vigilance une fois rendu sur le trottoir.




Gaëtan Sauvé

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