L'entraînement ne s'arrête jamais — La leçon cachée de Mas Oyama
- Gaëtan Sauvé
- 13 févr.
- 3 min de lecture
Si quelqu'un me demandait à quoi un être humain devrait consacrer le maximum de sa vie, je répondrais : l'entraînement. Entraîne toi plus que tu ne dors. – Sosai Mas Oyama

La première fois que j'ai lu cette phrase, j'avais vingt ans. Je m'entraînais six jours par semaine, parfois deux fois par jour. Je pensais comprendre ce qu'Oyama voulait dire. Je me trompais complètement.
Ce qu'Oyama ne disait pas
Oyama ne parlait pas d'heures accumulées sur le tatami. Il ne suggérait pas de sacrifier ton sommeil pour faire plus de pompes. Il ne glorifiait pas l'épuisement physique comme preuve de dévotion. Trop d'heures d'entrainement physique va détruire ton corps, te surentrainer, te rendre malade et va être contre-productif.
Ce qu'il disait, c'est quelque chose de beaucoup plus profond, de beaucoup plus exigeant aussi.
L'entraînement, pour lui, n'était pas une activité qu'on pratique quelques heures par semaine avant de retourner à sa "vraie vie". C'était l'axe autour duquel tout le reste s'organisait. Le centre de gravité. La boussole.
L'entraînement invisible
Et voici ce que j'ai mis des décennies à comprendre : Oyama ne parlait pas seulement de frapper le makiwara jusqu'à ce que tes poings saignent. Il parlait d'entraîner ta présence. Partout. Tout le temps.
Dans chaque geste.
Quand tu marches dans la rue, es-tu vraiment là ? Ou es-tu perdu dans ta tête, en train de rejouer une conversation d'hier ou de préparer une réunion de demain ?
Dans ta vision.
Quand tu conduis, utilises-tu ta vision périphérique ? Perçois-tu l'ensemble de l'espace autour de toi ? Ou fixes-tu le pare-chocs de la voiture devant, enfermé dans un tunnel visuel ?
Dans tes conversations.
Quand quelqu'un te parle, es-tu totalement disponible ? Observes-tu son langage non verbal, le ton de sa voix, ce qu'il ne dit pas ? Ou ton esprit est-il déjà parti préparer ta réponse, chercher une solution, défendre ta position ?
Le vrai entraînement, c'est cette qualité d'attention vivante qui fait que tu es pleinement là, peu importe où tu te trouves.
Le laboratoire et le terrain
Le tatami, c'est le laboratoire. L'endroit où tu explores, où tu expérimentes, où tu découvres qui tu es vraiment quand toutes les histoires tombent.
Le combat, c'est l'examen. L'épreuve qui teste si ce que tu as développé dans le laboratoire tient la route sous pression extrême.
Mais la vie quotidienne ? C'est le terrain réel.
C'est là que tout se manifeste vraiment. Pas dans les moments extraordinaires du combat, mais dans les moments ordinaires du quotidien :
Comment tu parles à ton employé quand tu es fatigué
Comment tu gères une crise au travail quand tu n'as pas de solution immédiate
Comment tu restes présent avec ton enfant quand il te demande pour la dixième fois de jouer alors que tu veux juste te reposer
C'est là que le guerrier se révèle vraiment.
Ce qu'Oyama incarnait
Oyama s'est retiré dans les montagnes pendant dix-huit mois. Seul. Il a médité. Il a frappé des arbres jusqu'à ce que l'écorce tombe. Il courrait pendant des heures. Il prenait des douches glacées sous des cascades l'hiver. Levait des grosses roches à bout de bras. En brisait d'autres avec les mains.
Pas pour impressionner. Pas pour prouver quelque chose à qui que ce soit.
Pour traverser ses propres limites. Encore et encore. Jusqu'à ce que la séparation entre "l'entraînement" et "la vie" disparaisse complètement.
Il a vécu ce qu'il prêchait : L'entraînement est un feu. Si tu l'alimentes chaque jour, il te transforme.
L'invitation
Alors voici la vraie question que cette citation pose :
Quelle place occupe réellement ta pratique dans ta vie ?
Est-ce un loisir que tu fais quand tu es motivé ? Ou est-ce une voie que tu marches, motivé ou non, fatigué ou non, peu importe les circonstances ?
Sosai Mas Oyama ne te demande pas de dormir moins. Il te demande de vivre plus intensément. Plus présent. Plus aligné.
Il te demande de faire de chaque moment un entraînement.
Parce que si tu veux devenir exceptionnel — pas seulement en karaté, mais dans ta vie entière — ton engagement doit dépasser le confort.
Pas en forçant. Mais en faisant de la présence ta manière d'être.
Partout. Tout le temps.
Le tatami t'a préparé. La vie te révèle.
Et l'entraînement ne s'arrête jamais.
Gaëtan Sauvé, pratiquant du Karaté Kyokushin depuis 1971
Extrait du livre: Flow en combat - le combattant génératif (disponible en mars 2026)




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